17 décembre 2006

La décentralisation dans l'actualité

Un rapport parlementaire, rendu public le 14 décembre par la commission des finances de l'Assemblée nationale, présenté par Marc Laffineur (UMP, Maine-et-Loire) et Augustin Bonrepaux (PS, Ariège), montre un creusement des disparités entre les collectivités du fait des transferts de compétences prévus par l'acte 2 de la loi de décentralisation de 2004. (Voir le résumé du rapport ici sur maire-Info).

Parallèlement plusieurs sondages ont été réalisés sur le thème desquels il ressortirait que la décentralisation susciterait un rejet croissant dans l'opinion. Ainsi, selon un sondage Ipsos publié dans La Gazette des communes, 45 % des Français jugent aujourd'hui qu'elle est allée trop loin, 31 % estimant qu'elle a atteint un niveau suffisant et 18 % qu'elle n'est pas allée assez loin. En trois ans, la défiance a ainsi progressé de 20 points. Pour un tiers (32 %) des personnes qui se prononcent en faveur d'un repli ou d'une pause dans la décentralisation, le risque qu'elle n'entraîne des inégalités entre les territoires arrive en tête des préoccupations, devant l'augmentation des impôts locaux (26 %). (Voir le sondage IPSOS ici).

Mais les élus régionaux ne se laissent pas décourager pour autant. Réunis le 15 décembre à Dijon, les élus membres de l’Association des régions de France se sont exprimés en faveur d'une nouvelle vague de transferts de comptences de l'Etat vers les régions, avec cependant une meilleure allocation des ressources de l'Etat aux régions comme l'a demandé la candidate du P.S. aux présidentielles qui s'est également exprimée lors de ce congrès en sa qualité de présidente de la région Poitou-Charentes, et qui a souhaité "à chaque transfert de responsabilité un transfert de ressource juste et préalablement défini" (voir un résumé du congrès sur le site de maire-Info).

Parité : le Sénat adopte le projet de loi en première lecture.

Le Sénat a adopté dans la nuit du 14 au 15 décembre le projet de loi sur l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, qui instaure la parité hommes-femmes dans les exécutifs des régions et des communes de plus de 3.500 habitants.

Plusieurs amendements a été adoptée, notamment en ce qui concerne le caractère provisoire que le gouvernement entendait fort curieusement donner à l'obligation de parité dans les fonctions exécutives des régions et des communes de plus de 3.500 habitants ; plusieurs Sénateurs ont relevé qu'il n'y avait pas grand sens à légiférer à titre provisoire en la matière.

Les sénateurs ont également décidé que la stricte alternance un homme-une femme serait appliquée pour les élections municipales dans les villes de plus de 3.500 habitants où la parité s'applique actuellement par groupes de six candidats.

Le texte adopté est consultable en cliquant sur ce lien.

07 décembre 2006

Elections municipales : une réforme pour les communes de moins de 3.500 habitants ?

Lors de la réforme de l'élection municipale par la loi du 19 novembre 1982, le seuil d'application du nouveau mode de scrutin a été fixé à 3.500 habitants, alors que précédemment la loi électorale fixait le seuil entre les grandes et les petites communes à 30.000 habitants. Il en est résulté l'application aux communes jusqu'à 3.500 habitants du régime précédemment applicable aux communes de moins de 30.000 habitants (scrutin plurinominal de liste sans obligation de candidature). La loi a maintenu le régime particulier des communes de moins de 2.500 habitants où les listes incomplètes et les candidatures isolées sont possibles, ainsi que l'élection de personnes n'ayant pas fait acte de candidature.

Rappelons que la souplesse du régime applicable aux petites communes traduit la volonté de favoriser, dans ces communes où les enjeux sont moindres et les vocations rares, l'émergence de candidatures de dernière minute ou même l'élection de personnes non candidates mais qui peuvent accepter un mandat face à la confiance manifestée spontanément par l'électorat. Certains élus locaux y voient cependant plus d'inconvénients, en terme de sincérité et de clarté du scrutin, que d'avantages.

Une proposition de loi tendant à modifier le régime des candidatures pour les élections municipales dans les communes de moins de 3 500 habitants vient d'être déposée au Sénat par des sénateurs qui proposent de rendre dorénavant la déclaration de candidature obligatoire, la limitation des candidatures à une seule liste et l'interdiction des candidatures isolées dans les communs moins de 2.500 habitants sans toutefois aller jusqu'à poser l'obligation de déposer des listes complètes.

04 décembre 2006

Gens du voyage : vers une procédure d'expulsion simplifiée ?

Dans le cadre de la discussion du projet de loi relatif à la prévention de la délinquance, le Sénat a adopté une modification du dispositif législatif destiné à éviter aux communes (et aux propriétaires) le recours aux procédures devant le juge judiciaire, jugées lourdes et coûteuses. Le texte est rédigé ainsi :

« II. – En cas de stationnement effectué en violation de l’arrêté prévu au I, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d’usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux.

« La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques.

« La mise en demeure est assortie d’un délai d’exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d’affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d’usage du terrain.

« Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n’a pas été suivie d’effets dans le délai fixé et n’a pas fait l’objet d’un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l’évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d’usage du terrain dans le délai fixé pour l’exécution de la mise en demeure. » ;

...

« II bis. – Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l’exécution de la décision du préfet à leur égard. Le tribunal statue dans un délai de soixante-douze heures à compter de sa saisine. »

A noter que le I de l'article 9 resterait inchangé ce qui réserverait le bénéfice de la loi aux communes qui respectent la loi Besson. Pour les communes non soumises à la loi Besson ( jusqu'à 5.000 habitants), le sénat a adopté cette disposition :

« Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l’article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d’évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d’usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques.

« Ces dispositions ne sont pas applicables aux personnes mentionnées au IV de l’article 91. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article. »



Devant l'Assemblée Nationale, qui examine actuellement ce projet de loi, a été adopté un amendement de M. Eric WOERTH, complété par un autre de M. TIAN, ayant pour objet de prendre en compte les difficultés de communes dans la réalisation des aires d’accueil des gens du voyage, tant en termes de financement que de temps. Il s'agit de permettre aux communes qui n'ont pas encore rempli leurs obligations légales mais qui répondent aux conditions posées pour obtenir la prorogation du délai de deux ans prévue par la loi du 13 août 2004, de bénéficier de la procédure d'évacuation forcée en cas de stationnement illicite. Il s'agit également de faire bénéficier de cette procédure d'évacuation forcée les communes qui disposent d'un emplacement provisoire qui n'est pas l'emplacement définitif inscrit dans le schéma départemental à condition que cet emplacement soit agréé par le préfet selon des critères définis par un décret. Cette possibilité de recours à la procédure d'évacuation forcée ne sera possible que dans un délai fixé par le préfet et ne pouvant excéder douze mois à compter de la date de cet agrément.

Ces initiatives parlementaires ont obtenu le soutien du gouvernement puisque M. Christian Estrosi, ministre délégué, à déclaré : « Cet article résulte d’amendements présentés par le sénateur Hérisson, président de la commission consultative des gens du voyage. Il ne remet nullement en cause la loi Besson, à laquelle nous sommes tous attachés. Mais il permettra de mettre plus rapidement un terme aux occupations illicites de terrains publics ou privés, alors que le dispositif actuel est long, coûteux et largement inefficace. Ce sont les petites communes qui sont les plus pénalisées par la loi de juillet de 2000 : elles ont beaucoup de mal, en effet, à remplir le cahier des charges imposé pour la création des aires d’accueil. Quant à l’amendement de M. Woerth, il tend à faciliter la réalisation des objectifs de la loi Besson en étendant la procédure d’évacuation forcée aux communes qui bénéficient du délai supplémentaire accordé par la loi du 13 août 2004 pour réaliser leur aire d’accueil, ainsi qu’aux communes qui disposent d’un emplacement provisoire pendant trois mois à compter de l’agrément préfectoral. Nous y sommes très favorables. »

A noter que si ce dispositif a des chances sérieuses d'être définitivement adopté, il ne pourra être mis en oeuvre qu'en cas de troubles à l'ordre public (salubrité, sécurité ou tranquillité publiques) ; on peut d'ores et déjà penser que cette condition risque en pratique d'être sujet à polémiques entre les communes et les préfets.

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1 Hypothèse de l'occupation, en violation de l'arrêté municipal, d'un terrain privé affecté à une activité à caractère économique, et dès lors que cette occupation est de nature à entraver ladite activité.