Accéder au contenu principal

La pratique de la photographie non commerciale dans les musées.


La récente exposition Vermeer du Louvres, avec ses restrictions en matière de photographie, relance le débat de la régularité, voire de la légalité, de la pratique des musées en la matière. Cette pratique n'est pas toujours en harmonie avec la charte du Ministère de la Culture.

Le blog S.I. Lex s'en offusque et développe son analyse de la problématique. Il est relevé, en substance, que ni la propriété matérielle (publique ou privée) des œuvres, ni le règlement intérieur de l’établissement ne peuvent justifier valablement une interdiction de photographier les œuvres des musées, opposée aux particuliers photographes amateurs.

1. Le principe d’indépendance des propriétés intellectuelle et matérielle rend en effet inopérant l'argument tiré de la propriété matérielle des œuvres qui n'octroie aucun droit sur l'image de l’œuvre. Comme cela a déjà été suggéré sur ce blog, la jurisprudence du Conseil d’État peut être interprétée comme admettant implicitement une différence de situation entre les photographes professionnels, qui souhaitent prendre des clichés à des fins de commercialisation, et les photographes amateurs. Si la volonté des musées de maîtriser la commercialisation des reproduction de leurs œuvres permet de fonder les interdictions opposées aux photographes professionnels, cet argument ne vaut bien entendu pas pour les photographes amateurs.

Par contre un titulaire de droits immatériels, tel que le droit de reproduction, sur des œuvres qui ne sont pas encore tombées dans le domaine public, détient-il des droits de s'opposer à la prise de photos des œuvres ? Il peut s'agit du musée, s'il a bénéficié d'une cession de ces droits immatériels, ou d'un prêteur qui serait titulaire de ces droits. La réponse n'est pas certaine car le visiteur photographe amateur peut se prévaloir de l'exception de copie privée prévue à l'article L. 122-5-2° du Code de la propriété intellectuelle et à la condition que la photo prise soit réservée à l'usage privé du « copiste » ce qui exclut donc toute forme de publication.

2. Il existerait également une impossibilité d’interdire la photographie non commerciale par le biais du règlement intérieur. Elle serait aussi fondée sur l'exception de copie privée à laquelle une telle interdiction s'opposerait frontalement, la seule possibilité pour les musées étant d'invoquer la sécurité des œuvres et/ou le confort des visiteurs, arguments ne pouvant jouer que très marginalement.

*

L'analyse de S. I. Lex est fondée en partie sur la brochure de M. Pierre NOUAL « Photographier au musée - Guide de sensibilisation juridique à l'usage du visiteur-photographe » disponible à cette adresse.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

En droit privé, le silence ne vaut, sauf exception, pas acceptation : la Cour de Cassation confirme sa jurisprudence séculaire.

Par un arrêt du 19 novembre 2014, la Cour de Cassation a réaffirmé que :
"le silence opposé à l'affirmation d'un fait ne vaut pas à lui seul reconnaissance de ce fait," L'arrêt de principe en la matière date du 25 mai 1870. La Cour y affirmait ceci :
"Attendu, en droit, que le silence de celui que l'on prétend obligé ne peut suffire, en l'absence de toute autre circonstance, pour faire preuve contre lui de l'obligation alléguée ;" Il s'agissait de l'avis donné à une personne par celui qui s'est chargé de placer les actions d'une société, qu'elle a été portée sur la liste des souscripteurs pour un certain nombre d'actions et que le premier versement a été fait pour elle, ledit avis resté sans réponse, n'engage pas la personne à laquelle il a été donné.
Dans l'affaire jugée en 2014 était en cause l'obligation de cohabitation entre époux. La Cour considère que le fait pour un époux de ne pas contester u…

Gens du voyage : la nouvelle procédure d'expulsion est arrivée

La loi Besson II (5 juillet 2000) avait entre autres nouveautés, instauré, pour l'expulsion des gens du voyage stationnant en violation de la réglementation municipale, un bloc de compétence judiciaire. Depuis cette loi, les procédures ressortissaient à la compétence du tribunal de grande instance, quelle que soient la nature du terrain occupé, domaine public ou privé.Avec le nouvel article 9-II issu de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance, cette règle de compétence dérogatoire au droit commun disparaît. La loi institue par contre une procédure qui permet de passer d'une mesure judiciaire à une mesure de police administrative pour obtenir l'évacuation des lieux occupés.Sur ce premier aspect on peut noter que l'orthodoxie juridique en sort gagnante. En effet, si la compétence du juge judiciaire pouvait se justifier par l'aspect relatif à la défense de la propriété, l'objectif principal de la procédure était quand même de répondre à de…

Le Conseil d'Etat rappelle que dans "délégation de service public" il y a "service public"

Dans un arrêt intéressant du 23 mai 2011, le Conseil d’État donne l'occasion de rappeler, comme il le fait occasionnellement, que la qualification de la délégation de service public (DSP) comporte plusieurs critères, et qu'à force de s’appesantir sur le critère économique de la rémunération, on en vient à oublier la caractéristique première de la DSP qui est l'existence même d'un service public.
Dans l'affaire jugée, la COMMUNE DE SIX-FOURS-LES-PLAGES avait pris en charge pendant 10 ans l'organisation d'un festival de musique. Puis le conseil municipal a approuvé la passation d'une convention d'une durée de trois ans avec une société pour lui confier la poursuite de l'organisation de ce festival et a accordé à la société une subvention annuelle de 495 000 euros. Le tribunal administratif de Toulon a annulé cette délibération au motif que la commune n'avait pu déléguer un service public sans procéder aux formalités de publicité et mise …